Ce n'est pas une dérive à la française, c'est plus globalement une dérive à l'occidentale. Et qu'on le veuille ou non, la Russie est très influencée par l'occident.
Encore maintenant, il y a plus de films occidentaux à l'affiche des cinémas que de films russes, il faut rouler en trottinette en vapotant à Moscou, bombarder en BMW X6 de bonne femme à St-Pete pour être "cool", ta carte de crédit te donne du "кешбэк" (j'ai découvert récemment que ce n'était pas une ville Kirghize), tu ne commandes pas un сок au restaurant, mais фреш... et je ne parle pas des noms anglo-saxons à la con que les Russes donnent à leur projets immobiliers, mais c'est là un sujet que j'ai déjà évoqué X fois.
Vous allez dire que je râle et que je critique. C'est vrai, je l'assume, mais je vais tout de même essayer d'être constructif.
Ce que je vois en Russie, et j'insiste sur la notion de perception, ressemble fort à ce que je vois au Canada, notamment des choses que je n'aime pas trop, car elles ne sont pas signes d'avenir radieux.
Quand je vais sur
hh.ru, et je regarde les postes à pourvoir (en informatique, je n'ai pas nécessairement de regarder autre chose - c'est de la perception, je le répète), 80% des postes, c'est du secteur bancaire ou administratif, en direct, mais surtout par le biais d'intermédiaires (boîtes de prestation de service.)
On peut constater la chose à Moscou. Ça construit que ça en peut plus. On rase des zones industrielles, on construit des immeubles d'habitations. Vu que l'offre augmente fortement, les prix devraient baisser, mais non. Ils augmentent, et les taux d'intérêts aussi.
Les constructeurs y gagnent, les banques y gagnent, mais pas la population.
Ça ne touche pas que Moscou, à Petrozavodsk par exemple, on est à 100K Roubles du m2, pour un salaire moyen de 68K Roubles. Est-ce qu'on n'est pas proche du délire ?
Yurii Podoliaka le remarquait il y a quelques jours : le gouvernement ne créé pas d'incitatif à baisser les prix ; il compense les augmentations pour certaines tranches de la population (IT, familles nombreuses), ce qui alimente encore plus cet effet pervert.
On a la même chose au Canada. On ferme des usines, et on construit des blocs immobiliers, parce que c'est plus rentable sur le court terme. Mais un immeuble, ça ne s'exporte pas, ça ne rapporte rien au pays. Sachant qu'en plus en Russie, les immeubles sont souvent construits par les Turcs ou les Chinois, imaginez le gaspillage que cela représente.
Je critique souvent les députés russes, mais concrètement, comment peuvent-ils comprendre ce genre de chose alors que pour la plupart, ils ont 5 bagnoles, un appart haut de gamme par membre de la famille, pour certains de bateaux ou même des hélicoptères... le site de la Douma donne la liste des richesses des députés. Je serais curieux d'avoir une information en plus : pour qui travaillent leurs membres de la famille.
Le pire dans tout ça, c'est que cela ne changera pas tant que les Russes ne réagiront pas. Regardez le temps nécessaire pour virer le vice-ministre de la défense ; et encore, il a fallu une mutinerie et de vives critiques de soldats au front pour que ça bouge.
Maintenant, qu'est ce qu'on peut faire de notre côté ? Difficile à dire, difficile à faire, à vrai dire.
Essayer de communiquer, de montrer que les voies que prend la Russie ont déjà été empruntées par d'autres, sans succès.
Si rien ne se passe, ce sera comme la Perestroïka : beaucoup de bonne volonté du président et de son entourage proche, et ça s'arrête là - et le pays s'effondre.
Je sais, j'ai été très long, je m'en excuse, mais c'est difficile à résumer